mercredi 2 juillet 2008

Réplique du Député Stéphane Bergeron au texte ''Nos vieux rêves...''



UN VIEUX RÊVE?

Dans une lettre ouverte publiée dans ces pages, il y a quelques semaines, un dénommé Jean Berthiaume recommandait à mots couverts aux souverainistes de «changer de rêve». Ou était-ce plutôt de «rêver à autre chose» ou encore, tout simplement, de «cesser de rêver»… Quoiqu'il en soit, l'objectif est le même, soit d'inviter les souverainistes à abandonner à tout jamais ce noble idéal qui les anime et qui, à d’autres époques et en d’autres lieux, a permis la naissance de pays qui suscitent encore aujourd’hui l’admiration du monde. Je lui sais gré de ce conseil amical, que je considère néanmoins complètement illusoire et déconnecté de la réalité.

Sur quelle planète, en effet, vit donc ce monsieur? La même question pourrait d'ailleurs être posée à toutes les personnes qui pensent candidement que l'idée de la souveraineté peut disparaître comme par enchantement du paysage politique québécois, fut-ce de façon lente et progressive. Le désir irrépressible d'émancipation des Québécoises et Québécois fait intrinsèquement partie de notre réalité collective. Il a pris naissance dès le moment où la conquête fut consommée, pour se manifester de façon maladroite et courageuse, dans les soubresauts désespérés du mouvement patriote. Il est par la suite entré dans une sorte de torpeur latente, dont il allait émerger dans les décennies de l'après-guerre. Et pour cause, puisque cette période, qui se poursuit encore aujourd’hui, allait voir apparaître une multitude de nouveaux pays dans le concert des nations. D’une quarantaine qu’ils étaient, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les pays souverains sur la planète sont maintenant près de 200.

Dans la foulée de la Révolution tranquille, l'expression moderne de ce désir irrépressible d'émancipation, qui s'est incarné, vers la fin des années soixante, dans ce véhicule politique qu'allait devenir, pour lui, le Parti Québécois, n'a jamais cessé sa lente, mais inexorable progression. Encore aujourd'hui et en dépit des difficultés ponctuelles qu’a connues le Parti Québécois, le niveau d'appui à la souveraineté continue d'osciller autour de 42% (soit près de 60% chez les francophones). Aucun peuple, dans l'histoire de l'humanité, n'a jamais entrepris sa marche vers sa souveraineté, pour finalement s'arrêter, en cours de route, en se disant qu'il avait poursuivi des chimères pendant tout ce temps…

Grand a dû être le désespoir des Patriotes qui, montant sur l'échafaud ou qui, croupissant dans les geôles britanniques ou dans les cales humides des navires qui les conduisaient à l'exil, ont cru assister à l'effondrement définitif d'un grand rêve. Grande a dû être la satisfaction du conquérant, qui était convaincu d'avoir écrasé à tout jamais la moindre velléité d'autonomie chez ce peuple qu'il méprisait et qu'il croyait dépourvu d'histoire et de culture. Et pourtant, le rêve n'est pas mort et beaucoup de Patriotes auront pu voir, de leur vivant, la réalisation de certaines des idées pour lesquelles ils avaient lutté, dont celles touchant l'établissement d'un gouvernement véritablement démocratique et responsable, de même que certaines libertés civiles et politiques.

L'attitude naïve, mais opiniâtre, des ténors fédéralistes, qui semblent se cantonner dans l'attente passive de la disparition apparemment inéluctable de la souveraineté fait peine à voir. Sans la moindre générosité et sans la moindre volonté d'ouverture, ils s'entêtent à croire que nous nous résoudrons à n’être docilement que ce qu'ils voudraient que nous soyons. Les promesses faites aux Québécoises et aux Québécois, en 1980 et en 1995, ont été vilement trahies, ce qui explique le cul-de-sac actuel. Le contrat moral est définitivement rompu et seule la souveraineté pourrait mettre un terme à ces chicanes stériles qui nous paralysent et qui entravent notre capacité de mouvement dans ce monde en pleine transformation.


La souveraineté n'est pas qu'un simple rêve; il s'agit d'une aspiration profonde à construire notre développement sur de nouvelles bases, de cette conscience du fait que nous avons atteint le degré de maturité requis pour assumer nous-mêmes notre propre destinée. N’est-ce pas ce que le Canada a lui-même fait en 1931?

Quant aux arguties incessantes sur le pourcentage de voix requis pour que la souveraineté soit valide et viable, notons que, curieusement, chez les fédéralistes, on ne s’est jamais interrogé sur la validité et la viabilité du résultat de 50,4% de voix obtenu par le NON, lors du référendum de 1995. On n’a pas davantage remis en question le résultat de quelque 52% obtenu en 1949, au terme d’un deuxième référendum, en faveur de l’adhésion de Terre-Neuve à la fédération canadienne. Si 52% c’est suffisant pour entrer dans le Canada, c’est certainement suffisant pour en sortir, d’autant que la population québécoise n’a jamais été démocratiquement consultée pour avaliser notre adhésion à la fédération canadienne. En fait, celle-ci ne repose que sur un simple vote gagné par la peau des fesses à l’assemblée législative de l’époque…

Et que dire de cet argument également invoqué par monsieur Berthiaume pour démontrer le caractère anachronique, selon lui, des aspirations souverainistes: le français, selon lui, serait mieux défendu et bien implanté au Québec. Mais où se trouvait monsieur Berthiaume lorsque les études de Statistique Canada et de l’Office de la langue française ou encore l’enquête menée par Le Journal de Montréal ont clairement démontré le recul significatif du français partout au Canada, même au Québec et particulièrement à Montréal?

D’aucuns prétendent encore que le Canada constitue un rempart contre le phénomène d’assimilation et une garantie pour la survie et le rayonnement du fait français en Amérique du Nord. Cette prétention est pourtant démentie par les statistiques démontrant le taux effarant d’assimilation des francophones au Canada. Rappelons-nous également qu’au début du siècle dernier, les francophones étaient largement majoritaires au Manitoba. Aujourd’hui, ils représentent moins de 10% de la population de cette province…

Quant à cette affirmation selon laquelle l’anglais, qui serait «devenu la langue de communication internationale, n’est plus un ennemi à combattre mais un outil à utiliser», je désire apporter quelques bémols. D’une part, rappelons-nous qu’une «langue de communication internationale» est bien passagère, dans l’histoire de l’humanité… Il fut un temps où c’était le grec, puis le latin et, il n’y a pas si longtemps encore, le français. D’ailleurs, le français et l’anglais sont aujourd’hui les deux seules langues qui sont parlées sur tous les continents de la planète. C’est pourquoi il est non seulement utile, mais indispensable d’apprendre l’anglais. Mais pourquoi ne devrions-nous pas également apprendre une troisième et même une quatrième langue, l’espagnol, par exemple, qui est la langue la plus couramment parlée sur notre continent? Mais en quoi cela serait-il incompatible avec la souveraineté du Québec, je vous le demande?

Monsieur Berthiaume plaide pour que nous participions à différents sommets avec les pays industrialisés pour partager nos expériences respectives en de nombreuses matières. Considérant que le Québec est présentement absent des forums internationaux où sont débattues ces questions touchant de plus en plus notre quotidien, c’est exactement ce que nous proposons de faire avec la souveraineté. Le Québec pourrait alors faire profiter le monde de son caractère original et tirer directement les leçons de ce que vivent nos semblables partout sur la planète. C’est cela, faire partie du concert des nations!


Stéphane Bergeron
Député de Verchères

Texte d' origine de Jean Berthiaume ici:

http://jeanberthiaumecitoyenvirtuel.blogspot.com/2008/01/nos-vieux-rves.html




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